Ceci n’est pas de «l’art comptant pour rien»

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novembre 7, 2011

C’est un lieu au sein du Centre départemental enfance et familles (CDEF) de Saint-Sébastien et en même temps en dehors. Un lieu aux murs colorés. Un lieu de rencontre. L’atelier arts plastiques a été mis en place il y a deux ans à la suite d’un échange de bons procédés. L’artiste peintre Ambdallah Sangaré cherchait un local pour poser ses chevalets et ses pinceaux. Le CDEF lui a mis à disposition un local qui ne servait pas, à la condition qu’elle anime un atelier arts plastiques ouvert aux jeunes accueillis comme au personnel. Avec pour sceller cet arrangement une convention d’artiste en résidence en bonne et due forme.

Souplesse et confidences

Comme chaque mardi et jeudi soir, Amdallah Sangaré, vêtue de sa blouse blanche, attend dans la salle qu’elle a aménagée et investie. Une salle qui respire l’acrylique et le calme. Et comme à chaque fois, l’artiste ne sait pas qui va venir. « Il n’y a pas de d’obligation de régularité», explique t-elle d’emblée. Elle défend ce principe de souplesse, pour que les jeunes qui participent le fassent vraiment par envie. « Ils ont des situations lourdes, arrivent ici un peu comme dans un refuge. Leur fréquentation est liée à leur histoire, si quelque chose se passe dans leur vie, ils peuvent ne plus venir pendant un temps, ou plus du tout. S’ils reviennent, on reprend là où ils en étaient. » Même souplesse et même respect de l’envie pour décider ce qu’ils vont dessiner. « C’est avant tout une découverte de la peinture et de la matière qui va de l’initiation à la création spontanée. La technique, c’est très loin, même si ça vient peu à peu. »

Le plus important ? « Si je peux leur apporter un moment de convivialité et détente, c’est déjà ça ». Ici, on s’oublie dans la concentration, on se confie aussi parfois. Amdallah Sangaré, ancienne éducatrice, ne pose pas de questions mais écoute. « On est déconnecté de l’institution, ils ne me perçoivent pas comme une éducatrice, parfois ils libèrent des choses sur leur histoire personnelle. » Des confidences qui ne sortent pas de la salle, mais qui ressortent dans les tableaux. Il n’y a qu’à observer sur les murs : lâchage de noirceur, mélange gai de couleurs, nostalgie de l’ailleurs. Mais Amdallah Sangaré tient à préciser : « attention, ce n’est pas de l’art thérapie !». Tant mieux si elle les aide à s’exprimer, à se sentir bien, mais elle ne se prétend pas thérapeute, juste transmettrice de son art.

Jeunes et adultes au même niveau

Arrive Maria, maîtresse de maison au CDEF, une fidèle de l’atelier qui ne s’était jamais frottée à la peinture avant de venir ici à la cinquantaine passée. Elle se replonge dans la reproduction d’une carte postale marocaine. Puis débarquent Maddy et Edouardo, deux mineurs isolés d’origine africaine. Ils saluent Amdallah Sangaré puis font comme chez eux, sortent leur œuvre en cours. La reproduction d’un portrait de femme africaine pour Maddy 16 ans, originaire de la Guinée, venu à reculons à l’atelier et qui aujourd’hui dit être fier de ses progrès : « l’ambiance, l’accueil, ça me permet de voyager. La peinture c’est un autre monde ». Une médina au bord de la mer pour Edouardo, immigré d’Angola depuis à peine 5 mois : « ça vide la tête et j’ai rencontré des gens, des jeunes et des adultes ».

« Ici on est tous là pour apprendre, tous au même niveau. Parfois même les jeunes dessinent mieux que les adultes alors c’est un peu l’inversion des rôles », analyse Maria qui persuade dès qu’elle le peut les jeunes qu’elle encadre, mais aussi ses collègues, de tenter l’expérience. Enfants et ados accueillis, éducateurs, infirmiers…à l’atelier, tout le monde est « apprenti peintre » en blouse blanche. « Cela permet aussi de nouer d’autres relations entre personnel et enfants », se félicite Pierre Ripoche, le directeur du CDEF, qui a porté ce projet auprès de son personnel. Il se souvient qu’« au début ça n’a pas pris et puis petit à petit, il y a eu un effet boule de neige. Aujourd’hui on refuse du monde ». 6 personnes maximum participent, pour permettre un accompagnement à 100 %. Mais en cette veille des vacances, ils ne seront pas plus de trois. La semaine d’avant, des portes ouvertes et une exposition ont permis de montrer le travail accompli cette année. Amdallah Sangaré continue à la prochaine rentrée scolaire et veut en parler pour pourquoi pas transmettre l’idée. « C’est bien d’expérimenter ce genre d’échange. Il y a plein d’institutions qui ont des locaux vides et des artistes qui cherchent des ateliers… »
Armandine Penna

10. Juil., 2017

atelier en établissement aide sociale à l'enfance